Jacques Baud 

18 décembre 2025 , 𝗟’𝗮𝗻𝗰𝗶𝗲𝗻 𝗼𝗳𝗳𝗶𝗰𝗶𝗲𝗿 𝗱’é𝘁𝗮𝘁-𝗺𝗮𝗷𝗼𝗿 𝗝𝗮𝗰𝗾𝘂𝗲𝘀 𝗕𝗮𝘂𝗱 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗹𝗮 𝘁𝗼𝘂𝗿𝗺𝗲𝗻𝘁𝗲:

𝗟’𝗮𝗻𝗰𝗶𝗲𝗻 𝗼𝗳𝗳𝗶𝗰𝗶𝗲𝗿 𝗱’é𝘁𝗮𝘁-𝗺𝗮𝗷𝗼𝗿 𝗝𝗮𝗰𝗾𝘂𝗲𝘀 𝗕𝗮𝘂𝗱 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗹𝗮 𝘁𝗼𝘂𝗿𝗺𝗲𝗻𝘁𝗲:
𝗣𝗮𝗿𝗰𝗼𝘂𝗿𝘀 𝗲𝘁 𝘇𝗼𝗻𝗲𝘀 𝗱’𝗼𝗺𝗯𝗿𝗲 𝗱’𝘂𝗻 𝗰𝗮𝘀 𝗱𝗲 𝗰𝗲𝗻𝘀𝘂𝗿𝗲 𝗶𝗻é𝗱𝗶𝘁

𝘾𝙤𝙢𝙥𝙩𝙚-𝙧𝙚𝙣𝙙𝙪 𝙙𝙚 𝙡’𝙚𝙣𝙩𝙧𝙚𝙩𝙞𝙚𝙣 𝙚𝙣𝙩𝙧𝙚 𝙅𝙖𝙘𝙦𝙪𝙚𝙨 𝘽𝙖𝙪𝙙 𝙚𝙩 𝙍𝙤𝙜𝙚𝙧 𝙆ö𝙥𝙥𝙚𝙡 𝙧é𝙙𝙖𝙘𝙩𝙚𝙪𝙧 𝙚𝙣 𝙘𝙝𝙚𝙛 𝙙𝙚 «𝘿𝙞𝙚 𝙒𝙚𝙡𝙩𝙬𝙤𝙘𝙝𝙚»

𝗟𝗲 18 𝗱é𝗰𝗲𝗺𝗯𝗿𝗲 2025, 𝘂𝗻𝗲 𝘃𝗶𝗱é𝗼 𝗽𝘂𝗯𝗹𝗶é𝗲 𝗽𝗮𝗿 𝗗𝗶𝗲 𝗪𝗲𝗹𝘁𝘄𝗼𝗰𝗵𝗲 𝗽𝗿𝗼𝗽𝗼𝘀𝗲 𝘂𝗻 𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲𝘁𝗶𝗲𝗻 𝗲𝘅𝗰𝗹𝘂𝘀𝗶𝗳 𝗰𝗼𝗻𝘀𝗮𝗰𝗿é à 𝘂𝗻 𝗱𝗼𝘀𝘀𝗶𝗲𝗿 𝗽𝗿é𝘀𝗲𝗻𝘁é 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲 𝗵𝗮𝘂𝘁𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗽𝗿é𝗼𝗰𝗰𝘂𝗽𝗮𝗻𝘁 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗹’𝗘𝘂𝗿𝗼𝗽𝗲, 𝗲𝘁 𝗽𝗹𝘂𝘀 𝗲𝗻𝗰𝗼𝗿𝗲 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗹𝗮 𝗦𝘂𝗶𝘀𝘀𝗲: 𝗹𝗮 𝗰𝗲𝗻𝘀𝘂𝗿𝗲 𝗲𝘁 𝗹𝗮 𝘀𝗮𝗻𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗶𝗻𝗳𝗹𝗶𝗴é𝗲𝘀 à 𝘂𝗻 𝗼𝗳𝗳𝗶𝗰𝗶𝗲𝗿 𝘀𝘂𝗽é𝗿𝗶𝗲𝘂𝗿 𝗵𝗲𝗹𝘃é𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲. 𝗟’é𝗰𝗵𝗮𝗻𝗴𝗲 𝗿𝗲𝘃𝗶𝗲𝗻𝘁 𝘀𝘂𝗿 𝘂𝗻𝗲 𝗮𝗳𝗳𝗮𝗶𝗿𝗲 𝗽𝗿𝗼𝗽𝗿𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝘀𝗶𝗱é𝗿𝗮𝗻𝘁𝗲, 𝗾𝘂𝗶 𝗺𝗲𝘁 𝗲𝗻 𝗰𝗮𝘂𝘀𝗲 𝗱𝗲𝘀 𝗽𝗿𝗶𝗻𝗰𝗶𝗽𝗲𝘀 𝗳𝗼𝗻𝗱𝗮𝗺𝗲𝗻𝘁𝗮𝘂𝘅 𝗱𝗲 𝗹’É𝘁𝗮𝘁 𝗱𝗲 𝗱𝗿𝗼𝗶𝘁, 𝗮𝘂 𝗽𝗿𝗲𝗺𝗶𝗲𝗿 𝗿𝗮𝗻𝗴 𝗱𝗲𝘀𝗾𝘂𝗲𝗹𝘀 𝗳𝗶𝗴𝘂𝗿𝗲𝗻𝘁 𝗹𝗮 𝗹𝗶𝗯𝗲𝗿𝘁é 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗽𝗿𝗲𝘀𝘀𝗲, 𝗹𝗮 𝗹𝗶𝗯𝗲𝗿𝘁é 𝗱’𝗼𝗽𝗶𝗻𝗶𝗼𝗻 𝗲𝘁 𝗹𝗲𝘀 𝗱𝗿𝗼𝗶𝘁𝘀 𝗵𝘂𝗺𝗮𝗶𝗻𝘀.

𝗣𝗿é𝘀𝗲𝗻𝘁𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱𝗲 𝗹’𝗶𝗻𝘃𝗶𝘁é 𝗲𝘁 𝗱𝘂 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗲𝘅𝘁𝗲
Jacques Baud a été officier d’état-major suisse, ancien expert engagé dans des missions sensibles au service de la Confédération et d’organisations internationales. Roger Köppel souligne d’emblée le caractère exceptionnel de la situation: voir émerger, en Suisse, un cas de mise au ban pour des prises de position ou des analyses est décrit comme «incroyable» dans un pays réputé pour sa tradition de neutralité et de liberté d’opinion.

Avant d’entrer dans le détail de l’affaire, l’entretien s’attache à dresser le parcours et le portrait de l’invité.

𝗙𝗼𝗿𝗺𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗲𝘁 𝗱é𝗯𝘂𝘁𝘀 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗹𝗲 𝗿𝗲𝗻𝘀𝗲𝗶𝗴𝗻𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝘀𝘁𝗿𝗮𝘁é𝗴𝗶𝗾𝘂𝗲
Jacques Baud se définit d’abord comme un citoyen suisse ordinaire, né à Genève. Il suit des études universitaires en économie, puis en relations internationales, avant d’être recruté, durant la guerre froide, par le service suisse d’information stratégique. Sa mission consiste alors à analyser les forces du Pacte de Varsovie. Dans ce cadre, il apprend le russe et se spécialise dans l’observation et l’analyse de la présence soviétique en Europe.

Ce travail analytique le conduit à détecter, dans les années 1980, un projet de «purification ethnique» visant la minorité hongroise en Roumanie, sous le régime de Nicolae Ceaușescu. Alerté, le Département fédéral des affaires étrangères (EDA) engage alors une action diplomatique au sein de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, en coordination avec d’autres États. Selon Jacques Baud, cette intervention contribue à faire cesser le projet, ce qu’il décrit comme l’un des résultats concrets de son travail de renseignement.

𝗠𝗶𝘀𝘀𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗶𝗻𝘁𝗲𝗿𝗻𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝗮𝗹𝗲𝘀 𝗲𝘁 𝗲𝗻𝗴𝗮𝗴𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗵𝘂𝗺𝗮𝗻𝗶𝘁𝗮𝗶𝗿𝗲
Après cette période au service du renseignement, Jacques Baud poursuit son parcours au sein de l’armée suisse, puis est sollicité par le DFAE (Département Fédéral des Affaires Etrangères) pour des missions liées à la protection des civils et des réfugiés, notamment dans des contextes de crise en Afrique. Il est ensuite engagé par l’Organisation des Nations unies pour assurer la sécurité de camps de réfugiés.
Fort de son expérience, il est également impliqué dans des actions liées à la problématique des mines antipersonnel au milieu des années 1990. Constatant l’ampleur du fléau humanitaire, il propose la création d’un centre de déminage humanitaire à Genève. Le DFAE l’envoie alors à New York, où il développe, pour l’ONU, un réseau d’information sur les mines et un dispositif d’assistance aux victimes.

𝗔𝗳𝗴𝗵𝗮𝗻𝗶𝘀𝘁𝗮𝗻, 𝗱é𝗺𝗶𝗻𝗮𝗴𝗲 𝗲𝘁 𝗿é𝘀𝗲𝗮𝘂𝘅 𝗶𝗻𝘁𝗲𝗿𝗻𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝗮𝘂𝘅
Parallèlement, Jacques Baud entretient, durant la guerre froide, des contacts avec l’opposition afghane. Sans se rendre sur place, il élabore et transmet un manuel destiné à aider à l’élimination des mines soviétiques, avec une attention particulière portée à la protection des enfants face aux munitions non explosées. Il indique avoir reçu un message de remerciement de Ahmad Shah Massoud, figure emblématique de l’Alliance du Nord, assassiné en 2001. Cette implication renforce son profil d’expert international, au point qu’il est ensuite sollicité pour créer un service militaire dans le cadre d’une mission de l’ONU au Soudan.

𝗗𝗲𝘂𝘅 𝗮𝗻𝘀 𝗮𝘂 𝗦𝗼𝘂𝗱𝗮𝗻: 𝗺é𝗱𝗶𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗲𝘁 𝗼𝗽é𝗿𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗱𝗲 𝗽𝗮𝗶𝘅
Jacques Baud passe environ deux ans au Soudan, où il affirme avoir été en contact avec près de 80 mouvements rebelles. Son rôle consiste à dialoguer avec ces acteurs armés, notamment dans des opérations de médiation et de libération d’otages. Il insiste sur le caractère non violent de ses interventions et sur la dimension multidisciplinaire de son travail, à l’interface du civil et du militaire.
Il précise que toutes ces activités s’inscrivent strictement dans le cadre de mandats onusiens, réfutant toute implication directe au service d’intérêts étatiques tiers. À l’issue de son mandat, celui-ci est interrompu de manière abrupte, à la suite de démarches diplomatiques impliquant la Suisse et la Chine, dans un épisode qu’il juge incohérent et révélateur de tensions politiques internes à l’ONU.

𝗙𝗼𝗻𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻𝗻𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗶𝗻𝘁𝗲𝗿𝗻𝗲 𝗱𝗲 𝗹’𝗢𝗡𝗨 𝗲𝘁 𝗿𝗲𝘀𝗽𝗼𝗻𝘀𝗮𝗯𝗶𝗹𝗶𝘁é𝘀 𝗲𝘅𝗲𝗿𝗰é𝗲𝘀
Resté au sein de l’ONU pour étudier la doctrine et la politique des opérations de paix, Jacques Baud travaille avec une équipe chargée d’analyser instructions et cadres opérationnels. Il précise ne pas avoir été directement rattaché au secrétaire général, mais à un bureau des affaires militaires, dirigé par un général sénégalais, chargé de coordonner les opérations de maintien de la paix impliquant des forces armées. À son retour en Suisse, il collabore de nouveau avec le DFAE, notamment avec Jean-Daniel Ruch, dans des dossiers liés à l’Afrique du Nord et au Tchad, où il participe à des programmes de désarmement et de contacts avec des groupes rebelles.

𝗨𝗻 𝗼𝗳𝗳𝗶𝗰𝗶𝗲𝗿 𝗰𝗶𝘁𝗼𝘆𝗲𝗻: 𝗽𝗮𝗿𝗰𝗼𝘂𝗿𝘀 𝗺𝗶𝗹𝗶𝘁𝗮𝗶𝗿𝗲 𝗲𝗻 𝗦𝘂𝗶𝘀𝘀𝗲
Interrogé sur son statut militaire, Jacques Baud souligne qu’il n’a jamais été soldat professionnel, mais « soldat citoyen », conformément au modèle suisse. Il gravit les échelons classiques de la milice: commandant de compagnie de panzergrenadiers, puis de bataillon Leopard, avant de suivre la formation d’officier d’état-major général.
Au sein du 1er corps d’armée, il travaille sous le commandement de Jean Abt. Cette formation polyvalente, couvrant l’ensemble des spécialités militaires (infanterie, logistique, génie, opérations aériennes), lui permet, selon ses dires, de comprendre l’armée comme un système global, approche qu’il juge décisive pour ses missions internationales.

𝗘𝘅𝗽é𝗿𝗶𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗱𝗲 𝘁𝗲𝗿𝗿𝗮𝗶𝗻 𝗲𝘁 𝗺é𝗱𝗶𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗲𝗻 𝘇𝗼𝗻𝗲 𝗶𝘀𝗼𝗹é𝗲
Pour illustrer cette approche systémique, Jacques Baud relate un épisode marquant: une mission de médiation dans une zone reculée du Soudan, accessible uniquement par hélicoptère. Déposé avec un seul collègue, sans moyens de communication et sans soutien logistique pendant une semaine, il doit négocier directement avec des tribunaux locaux. Malgré l’isolement et les risques, il affirme avoir mené cette médiation à bien, soulignant l’importance de la formation, de l’autonomie et de la compréhension fine des dynamiques locales.

𝗟𝗮 𝗺é𝗱𝗶𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲 𝗺é𝘁𝗵𝗼𝗱𝗲: 𝗱𝗶𝘀𝘁𝗮𝗻𝗰𝗲, 𝗻𝗲𝘂𝘁𝗿𝗮𝗹𝗶𝘁é 𝗲𝘁 𝗰𝗼𝗺𝗽𝗿é𝗵𝗲𝗻𝘀𝗶𝗼𝗻 𝗱𝗲𝘀 𝗰𝗼𝗻𝗳𝗹𝗶𝘁𝘀
Fort de son expérience accumulée sur plusieurs théâtres de crise, Jacques Baud insiste longuement sur ce qu’il considère comme le cœur de son approche : la médiation. Selon lui, toute médiation authentique impose une règle cardinale: ne jamais se placer moralement ou émotionnellement dans le camp de l’une ou l’autre partie. Il ne s’agit ni d’adhérer, ni de condamner, mais de comprendre.
Comprendre signifie analyser les perceptions respectives, les raisons profondes du conflit, indépendamment de toute adhésion idéologique ou affective. La paix, affirme-t-il, ne procède pas des sentiments, mais de la capacité à saisir comment chaque partie perçoit la réalité et les intérêts en jeu. Dans cette perspective, l’opinion personnelle du médiateur n’a aucune pertinence opérationnelle.

𝗨𝗸𝗿𝗮𝗶𝗻𝗲 𝗲𝘁 𝗥𝘂𝘀𝘀𝗶𝗲: 𝘂𝗻𝗲 𝗹𝗲𝗰𝘁𝘂𝗿𝗲 𝘀𝘂𝗶𝘀𝘀𝗲, 𝗻𝗼𝗻 é𝗺𝗼𝘁𝗶𝗼𝗻𝗻𝗲𝗹𝗹𝗲
Cette posture éclaire directement sa manière d’aborder la guerre entre l’Ukraine et la Russie. Jacques Baud rejette la logique binaire largement répandue en Europe, selon laquelle il faudrait haïr un camp pour soutenir l’autre. Il rappelle que, placé dans la situation d’un Ukrainien, il se battrait comme Ukrainien, et qu’en tant que Russe, il agirait comme Russe. Mais ce n’est précisément pas son rôle.
Il se définit avant tout comme Suisse, et estime que cette position lui confère un avantage décisif: la distance. Cette distance permet d’analyser les faits sans être submergé par l’émotion ou la propagande, et d’identifier les éléments susceptibles de favoriser une issue pacifique. À ses yeux, l’Europe a largement oublié que la paix se construit par la compréhension des perceptions adverses, non par l’indignation morale ou l’alignement émotionnel.

𝗔𝗽𝗿è𝘀 𝗹’𝗢𝗡𝗨: 𝗨𝗻𝗶𝗼𝗻 𝗮𝗳𝗿𝗶𝗰𝗮𝗶𝗻𝗲 𝗲𝘁 𝗻𝗼𝘂𝘃𝗲𝗹𝗹𝗲𝘀 𝗿𝗲𝘀𝗽𝗼𝗻𝘀𝗮𝗯𝗶𝗹𝗶𝘁é𝘀
À l’issue de son mandat au sein des Nations unies, Jacques Baud ne se retire pas immédiatement de la scène internationale. Il exerce une fonction équivalente au sein de l’Union africaine, basée au Kenya, dans le cadre d’un corps d’intervention dédié au maintien de la paix.

Cette nouvelle expérience le conduit ensuite à être sollicité par l’Organisation du Traité de l'Atlantique Nord. Il précise toutefois la singularité de sa position : contrairement aux représentants suisses habituels à Bruxelles, généralement issus du Département fédéral des affaires étrangères et rattachés à l’ambassade, il est directement employé par l’OTAN. Il se décrit comme le seul Suisse dans ce cas précis, chargé de représenter la Suisse à l’intérieur même de la structure de l’Alliance.

𝗨𝗻 𝗿ô𝗹𝗲 𝗰𝗹é 𝗮𝘂 𝘀𝗲𝗶𝗻 𝗱𝗲 𝗹’𝗢𝗧𝗔𝗡 (2012–2017) Entre 2012 et 2017, Jacques Baud est impliqué dans des travaux portant notamment sur la lutte contre la prolifération des armes légères. Dans ce contexte, il observe de très près les événements survenus dans l’est de l’Ukraine à partir de 2014, en particulier dans le Donbass. Il explique que l’une des questions centrales portait sur l’origine de l’armement des groupes autonomistes. Cette proximité analytique avec le conflit fait de cette période sa dernière fonction officielle internationale.

𝗣𝗿é𝘀𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗲𝗻 𝗨𝗸𝗿𝗮𝗶𝗻𝗲: 𝗗𝗼𝗻𝗯𝗮𝘀𝘀, 𝗖𝗿𝗶𝗺é𝗲 𝗲𝘁 𝗢𝗱𝗲𝘀𝘀𝗮
Jacques Baud se rend personnellement en Ukraine et travaille avec les autorités régionales sur des programmes de désarmement, mais aussi de restructuration institutionnelle. Il rappelle qu’en 2014, une partie significative de l’armée ukrainienne était composée de soldats d’origine russe, réticents à combattre ceux qu’ils considéraient comme leurs alliés naturels. Certains d’entre eux rejoignent alors les rangs des insurgés. Il cite également le cas de la Crimée, où, selon lui, sur environ 22 000 soldats ukrainiens stationnés, près de 20 000 passent du côté russe après avoir retiré leurs insignes, illustrant la profondeur des liens humains et culturels dans cette région.
À la demande des autorités ukrainiennes, l’OTAN est alors sollicitée pour accompagner la restructuration des forces armées, notamment afin de résoudre les problèmes de loyauté, de recrutement et de motivation, difficultés qui, selon Jacques Baud, persistent encore aujourd’hui.

𝗢𝗱𝗲𝘀𝘀𝗮 𝗲𝘁 𝗹𝗲 𝘀𝘂𝗱 𝗱𝗲 𝗹’𝗨𝗸𝗿𝗮𝗶𝗻𝗲: 𝘂𝗻𝗲 𝘀𝗶𝘁𝘂𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗾𝘂𝗮𝘀𝗶 𝗶𝗻𝘀𝘂𝗿𝗿𝗲𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻𝗻𝗲𝗹𝗹𝗲
Son témoignage sur Odessa est particulièrement marquant. Il décrit une ville plongée, à l’époque, dans un climat proche de l’état de guerre, alors que le projet de « Novorossiya » ne se limitait pas au Donbass mais concernait potentiellement l’ensemble du sud de l’Ukraine. Les bâtiments étaient gardés comme en zone de conflit, et les tensions omniprésentes.
Il évoque également le massacre survenu dans un bâtiment d’Odessa, où des manifestants russophones périrent dans un incendie. Bien qu’il arrive sur place quelques mois après les faits, il souligne qu’un tribunal ukrainien a conclu, des années plus tard, à une responsabilité majeure de l’État ukrainien, point largement ignoré dans le débat public international.

𝗢𝗧𝗔𝗡 𝗲𝘁 𝗣𝗮𝗿𝘁𝗲𝗻𝗮𝗿𝗶𝗮𝘁 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗹𝗮 𝗽𝗮𝗶𝘅: 𝘂𝗻𝗲 𝗱𝗶𝘀𝘁𝗶𝗻𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗷𝘂𝗿𝗶𝗱𝗶𝗾𝘂𝗲 𝗲𝘀𝘀𝗲𝗻𝘁𝗶𝗲𝗹𝗹𝗲
Jacques Baud insiste avec force sur la nécessité de distinguer l’OTAN en tant qu’alliance militaire et le cadre du Partenariat pour la paix. L’Ukraine, tout comme la Suisse et la Russie à l’époque, est membre de ce partenariat, qui vise l’éducation militaire, l’interopérabilité, l’acquisition de matériel et la coopération, mais exclut les opérations de guerre.
Selon lui, parler de « présence de l’OTAN en Ukraine » sans cette précision crée une confusion juridique et politique majeure. Les engagements se font légalement dans le cadre du Partenariat pour la paix, concept volontairement large mais explicitement non offensif.

𝗙𝗶𝗻 𝗱𝗲 𝗰𝗮𝗿𝗿𝗶è𝗿𝗲 𝗼𝗳𝗳𝗶𝗰𝗶𝗲𝗹𝗹𝗲 𝗲𝘁 𝗽𝗼𝘀𝗶𝘁𝗶𝗼𝗻𝗻𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗽𝗼𝗹𝗶𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲
La carrière officielle de Jacques Baud s’achève sans incident disciplinaire ni polémique formelle. Il part à la retraite avec l’ensemble de ses droits et honneurs, tout en soulignant n’avoir jamais reçu de remerciement particulier de la Suisse. Il décrit son parcours comme linéaire, sans rupture ni sanction jusqu’aux événements actuels.
Interrogé sur son positionnement politique, il se définit comme « centre-droit », attaché au modèle suisse tel qu’il l’a connu dans sa jeunesse: un État doté de services publics forts, combinés à la liberté du commerce et de l’industrie. Il se décrit comme conservateur en matière de défense et d’armée, rappelant qu’il est resté militaire dans son identité tout au long de sa carrière.
Enfin, il note avec émotion le soutien de ses anciens soldats, aujourd’hui chefs d’entreprise ou cadres, illustrant à ses yeux la force du réseau de milice suisse. Résidant désormais en Belgique, pays qu’il juge comparable à la Suisse par son caractère multilingue, il amorce une réflexion plus large sur les différences et similitudes entre ces deux modèles, réflexion qui ouvre la suite de l’entretien.

𝗕𝗲𝗹𝗴𝗶𝗾𝘂𝗲 𝗲𝘁 𝗦𝘂𝗶𝘀𝘀𝗲: 𝗱𝗲𝘂𝘅 𝗺𝗼𝗱è𝗹𝗲𝘀 𝗺𝘂𝗹𝘁𝗶𝗹𝗶𝗻𝗴𝘂𝗲𝘀, 𝗱𝗲𝘂𝘅 𝗿é𝗮𝗹𝗶𝘁é𝘀 𝗽𝗼𝗹𝗶𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲𝘀
Installé à Bruxelles, Jacques Baud observe la Belgique avec un regard de Suisse romand habitué à la cohabitation des langues comme fait national ordinaire. Il souligne une différence centrale : en Suisse, le lien entre communautés linguistiques lui paraît plus direct et plus étroit qu’en Belgique. Là où l’espace belge structure fortement sa vie politique selon les langues, la Suisse lui semble historiquement avoir maintenu des partis transversaux (il cite, à titre d’exemple, des formations présentes dans tout le pays), sans duplication systématique par aire linguistique.

Dans son récit, cette différence produit des effets profonds: en Belgique, langue et politique se superposent au point d’alimenter une logique de séparation, tandis qu’en Suisse la pluralité linguistique et confessionnelle n’a pas, selon lui, engendré la même fracture. Il attribue une part importante de cette cohésion à l’armée de milice, qui, dans son expérience, a fonctionné comme un instrument de liaison nationale : des citoyens de régions différentes, réunis, formés et reliés par un objectif commun.
Il note un trait identitaire typiquement helvétique : un Suisse se dit Suisse, puis précise volontiers son canton ou sa ville — « Genève », dans son cas — tout en se sentant appartenir à un même ensemble. Cette culture du réseau, nourrie par la milice, lui paraît décisive aussi du point de vue de la défense. Il fait un parallèle avec l’Ukraine : l’importance du lien social, des attaches, des solidarités concrètes, serait un facteur sous-estimé par certains pays occidentaux dans leur lecture du conflit.

𝗜𝗻𝘀𝘁𝗮𝗹𝗹𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 à 𝗕𝗿𝘂𝘅𝗲𝗹𝗹𝗲𝘀: 𝘂𝗻𝗲 𝗿𝗲𝘁𝗿𝗮𝗶𝘁𝗲 𝗽𝗿é𝗰𝗼𝗰𝗲 𝗲𝘁 𝘂𝗻 𝗮𝗻𝗰𝗿𝗮𝗴𝗲 𝗽𝗲𝗿𝘀𝗼𝗻𝗻𝗲𝗹
Sur les raisons de son installation en Belgique, Jacques Baud évoque une retraite prise relativement tôt, liée à la fin de son dernier poste au sein de l’OTAN. Il insiste sur la permanence de ses attaches en Suisse : relations, amitiés, soutiens moraux, qu’il salue explicitement, car ils l’aident « mentalement ». Mais il décrit aussi une difficulté professionnelle : malgré la sympathie et les réseaux, la réintégration ou la projection dans une nouvelle activité en Suisse ne lui paraît pas aller de soi.
Il exprime une affection marquée pour Berne — qu’il qualifie de plus belle ville — tout en rappelant qu’il n’est pas bernois, mais genevois. Et il ajoute une note plus mélancolique : Genève, dit-il, n’est plus la Genève qu’il a connue. Cette impression de décalage nourrit une question intime et pratique à la fois: où se sentir chez soi, où revenir, où reconstruire.
Après cinq ans en Belgique, il présente le pays comme agréable et accueillant, où il a retrouvé un réseau et des amis. Cette implantation bruxelloise, au cœur institutionnel de l’Union européenne, conduit l’animateur à l’interroger : faut-il y voir une adhésion à l’UE ?

𝗨𝗻𝗲 𝗽𝗼𝘀𝗶𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗻𝘂𝗮𝗻𝗰é𝗲 𝘀𝘂𝗿 𝗹’𝗨𝗻𝗶𝗼𝗻 𝗲𝘂𝗿𝗼𝗽é𝗲𝗻𝗻𝗲: 𝗰𝗼𝗼𝗽é𝗿𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗼𝘂𝗶, 𝗵𝘆𝗽𝗲𝗿𝗰𝗲𝗻𝘁𝗿𝗮𝗹𝗶𝘀𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗻𝗼𝗻
Jacques Baud répond sans détour : il n’est pas opposé à la collaboration européenne. Il dit juger logique de travailler ensemble, de coordonner, d’améliorer les relations. Mais il affirme percevoir une évolution qu’il estime excessive : une centralisation, voire une « hypercentralisation » qui irait trop loin.
Pour lui, l’idéal européen des années 1990 tenait surtout à la coopération économique, au travail commun, à l’apprentissage d’une coexistence améliorée — pas à une uniformisation systématique des décisions et des modèles. Il insiste sur la valeur des spécificités nationales : les cultures française, italienne, allemande, et toutes les autres, constitueraient la richesse même du continent.
Il emploie une image parlante — reprise avec humour dans l’échange — celle d’une « salade russe » : si tout est mélangé indistinctement, la substance se perd, les particularités disparaissent. À l’inverse, l’Europe lui semble fonctionner lorsqu’elle produit une synergie entre des cultures distinctes, au lieu d’imposer une culture nouvelle censée les remplacer. La diversité, répète-t-il, doit être préservée: c’est elle, et non l’uniformisation, qui rend l’Europe « efficace » et « jolie ».
Il illustre ce propos par son expérience personnelle: parlant plusieurs langues, connu dans divers pays, il dit bénéficier de soutiens en Italie, en Allemagne, en France. Il rapporte même un commentaire italien récent le présentant comme « notre colonel suisse », signe, à ses yeux, que l’identité assumée et les singularités nationales peuvent créer des liens de respect et de solidarité transfrontalière.

𝗩𝗲𝗿𝘀 𝗹𝗲 𝗰œ𝘂𝗿 𝗱𝘂 𝗱𝗼𝘀𝘀𝗶𝗲𝗿: «𝘀𝗮𝗻𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻𝗻é 𝗽𝗮𝗿 𝗹’𝗨𝗻𝗶𝗼𝗻 𝗲𝘂𝗿𝗼𝗽é𝗲𝗻𝗻 » Après cette présentation, l’échange se poursuit avec le thème central: Jacques Baud aurait été sanctionné par l’Union européenne et «attaqué» (de sources convergentes, l’initiative en reviendrait à Jean-Noël Barrot Ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères). Roger Köppel annonce que ces éléments seront traités plus loin, mais insiste déjà sur un point: le parcours de Jacques Baud relève moins de la théorie que de la pratique. Il a étudié les conflits, mais il les a aussi affrontés au contact des institutions, des opérations de paix, des réseaux diplomatiques, et des structures euro-atlantiques. Ce rappel sert de transition: après la carrière, vient la prise de parole publique.

𝗗𝗲𝗽𝘂𝗶𝘀 𝗹𝗮 𝗿𝗲𝘁𝗿𝗮𝗶𝘁𝗲: 𝘂𝗻𝗲 𝗮𝗰𝘁𝗶𝘃𝗶𝘁é 𝗶𝗻𝘁𝗲𝗹𝗹𝗲𝗰𝘁𝘂𝗲𝗹𝗹𝗲 𝘀𝗼𝘂𝘁𝗲𝗻𝘂𝗲
Depuis qu’il a pris sa retraite, Jacques Baud s’est imposé comme essayiste, conférencier et auteur de référence, publiant plusieurs ouvrages consacrés aux conflits internationaux, au terrorisme et aux questions de sécurité. Il indique avoir écrit une quinzaine de livres — sans pouvoir en préciser le nombre exact — souvent de grande ampleur.
Parmi ces travaux, il mentionne un ouvrage majeur: une encyclopédie de la violence politique recensant des milliers de mouvements terroristes et d’organisations criminelles. Selon lui, ces publications ont longtemps fait autorité et servi de références, notamment au sein de services d’information européens.
Il relate à ce propos un épisode significatif: invité en Roumanie à un symposium consacré aux services de renseignement, il aurait été accueilli par le chef du renseignement roumain, lequel lui aurait expliqué que ses ouvrages, traduits en roumain, étaient utilisés dans le cadre de la formation.
Jacques Baud ajoute connaître personnellement des membres de plusieurs services d’information européens — sans en préciser l’origine — qui lui auraient indiqué conserver ses livres dans leurs locaux. L’animateur en conclut que cette notoriété dépasse largement les frontières de la Suisse et suggère qu’elle serait même plus marquée en France, où la maîtrise de la langue française lui offrirait un accès médiatique plus naturel.

𝗖𝗼𝗺𝗺𝗲𝗻𝘁𝗮𝘁𝗲𝘂𝗿 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗴𝘂𝗲𝗿𝗿𝗲 𝗲𝗻 𝗨𝗸𝗿𝗮𝗶𝗻𝗲: 𝗹𝗮 𝗺é𝘁𝗵𝗼𝗱𝗲 𝗮𝘃𝗮𝗻𝘁 𝗹𝗲 𝗰𝗮𝗺𝗽
L’échange aborde ensuite le cœur du sujet : les prises de position de Jacques Baud sur la guerre en Ukraine, qui l’ont imposé comme commentateur du conflit. Interrogé sur ses « déclarations marquantes », il précise sa ligne de conduite : il n’est ni russe ni ukrainien, ni « pour » l’un ni « contre » l’autre. Il se définit avant tout comme un observateur.
Il énonce alors un principe qu’il présente comme central dans son approche : la manière de comprendre une crise conditionne la manière de la résoudre. Analyser le conflit à partir d’un seul camp conduit, selon lui, à s’enfermer dans une logique de confrontation ; il convient donc de se dégager de toute lecture partisane.
L’échange est brièvement interrompu par des bruits de manifestations à Bruxelles, que Jacques Baud attribue à la tenue d’un sommet en cours, avant de reprendre son propos. Il affirme n’avoir jamais soutenu que l’un des camps sortirait nécessairement vainqueur, ni déclaré que Vladimir Poutine ou Volodymyr Zelensky auraient « raison ». Il récuse ce type de jugement.
À l’inverse, il explique s’attacher à décrire les actions des deux parties, en se concentrant sur les faits. Il compare sa posture à celle d’un arbitre de football : si l’arbitre travaille pour une équipe, le match est faussé. Son rôle consiste à maintenir la distance nécessaire, à comprendre les actions, à appliquer les règles et à s’en tenir strictement aux faits.

𝗟𝗮 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗿𝗼𝘃𝗲𝗿𝘀𝗲: «𝘀𝗶 𝗼𝗻 𝗻’𝗲𝘀𝘁 𝗽𝗮𝘀 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗹’𝗨𝗸𝗿𝗮𝗶𝗻𝗲, 𝗼𝗻 𝗲𝘀𝘁 𝗽𝗿𝗼-𝗿𝘂𝘀𝘀𝗲»
Jacques Baud identifie enfin ce qu’il considère comme le mécanisme de polarisation qui le vise: dans l’espace public actuel, dit-il, ne pas être « pour l’Ukraine » suffit à être classé « pro-russe ». Il rejette cette alternative et réaffirme sa position : il n’est ni pour l’un, ni pour l’autre ; il présente des faits.
Or, ajoute-t-il, de nombreux faits seraient systématiquement laissés de côté dans le récit dominant, produisant une vision unilatérale du conflit. Il laisse entendre que sa démarche — exposer des éléments écartés du narratif — explique en grande partie les réactions hostiles à son endroit.
Il amorce enfin une précision méthodologique, en lien direct avec son travail d’auteur : pour éviter toute forme de propagande dans ses livres, il affirme s’appuyer uniquement sur certaines sources — phrase qu’il commence à développer au moment où cette partie de la transcription s’interrompt.

𝗨𝗻𝗲 𝗺é𝘁𝗵𝗼𝗱𝗲 𝗿𝗲𝘃𝗲𝗻𝗱𝗶𝗾𝘂é𝗲: 𝘀’𝗮𝗽𝗽𝘂𝘆𝗲𝗿 𝘀𝘂𝗿 𝗱𝗲𝘀 𝘀𝗼𝘂𝗿𝗰𝗲𝘀 𝗼𝗰𝗰𝗶𝗱𝗲𝗻𝘁𝗮𝗹𝗲𝘀 𝗲𝘁 𝘂𝗸𝗿𝗮𝗶𝗻𝗶𝗲𝗻𝗻𝗲𝘀
Poursuivant l’explication amorcée précédemment, Jacques Baud précise la colonne vertébrale de sa méthode : pour éviter la propagande, il dit s’appuyer « uniquement » sur des sources occidentales — principalement américaines — et sur des sources ukrainiennes. Il cite explicitement de grands titres de presse comme le New York Times, le Washington Post ou le Wall Street Journal. Côté ukrainien, il insiste toutefois sur une nuance essentielle : il ne retient pas ce que « le gouvernement ukrainien dit », mais ce que « la presse ukrainienne dit ».
Ce point, selon lui, est décisif, car la presse ukrainienne resterait souvent critique à l’égard de son propre gouvernement, et rapporterait des informations absentes ou minimisées dans les médias occidentaux. De cette dissymétrie naît, à ses yeux, une compréhension tronquée du conflit en Europe : le public n’accéderait qu’à une partie des faits.

𝗨𝗻𝗲 𝗹𝗲𝗰𝘁𝘂𝗿𝗲 𝗳𝗮𝗰𝘁𝘂𝗲𝗹𝗹𝗲 𝗱𝗲𝘀 𝗼𝗽é𝗿𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗺𝗶𝗹𝗶𝘁𝗮𝗶𝗿𝗲𝘀
Pour illustrer sa méthode, Jacques Baud s’appuie sur plusieurs exemples précis d’opérations militaires, notamment les combats autour de Krynky, sur la rive orientale du Dniepr. Il explique que cet épisode a souvent été présenté, dans le discours médiatique occidental, comme une avancée stratégique ukrainienne majeure, alors qu’une analyse factuelle des opérations montre, selon lui, une réalité beaucoup plus contrastée.
Il souligne que la bataille de Krynky a donné lieu à des pertes humaines considérables du côté ukrainien, sans débouché opérationnel décisif, et que la persistance de cette tête de pont répondait davantage à des impératifs politiques et communicationnels qu’à une logique militaire rationnelle. À ses yeux, cet exemple illustre les écarts récurrents entre le récit public du conflit et l’évaluation réelle des rapports de force sur le terrain.
Jacques Baud insiste sur le fait que ce type d’analyse ne vise pas à accréditer la thèse d’un camp contre l’autre, mais à décrire les faits tels qu’ils se produisent, en tenant compte des contraintes tactiques, logistiques et humaines propres à chaque opération. C’est précisément cette dissociation entre le récit et l’observation qu’il estime indispensable pour comprendre la dynamique réelle du conflit.

𝗨𝗻 𝗽𝗼𝘀𝗶𝘁𝗶𝗼𝗻𝗻𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗿𝗲𝘃𝗲𝗻𝗱𝗶𝗾𝘂é: «𝗵𝗼𝗻𝗻ê𝘁𝗲, 𝗼𝗯𝗷𝗲𝗰𝘁𝗶𝗳, 𝗻𝗲𝘂𝘁𝗿𝗲»
Jacques Baud résume alors sa posture : une représentation « honnête, objective, neutre » du conflit. L’animateur reformule pour clarifier: il ne se présente pas d’abord comme écrivain, mais comme analyste, observateur technique, cherchant l’évaluation la plus proche possible de la réalité en intégrant l’ensemble des facteurs.
Jacques Baud affirme que cette neutralité est telle qu’elle suscite des perceptions contradictoires: dans un article ou une interview réalisée aux États-Unis, un commentateur aurait écrit, selon lui: « Même si Jacques Baud est pro-Ukraine, il comprend bien les Russes. » Autrement dit, sa tentative de compréhension des logiques russes serait interprétée, par certains, comme une marque de parti pris favorable à Moscou — alors même que d’autres le rangeraient au contraire du côté ukrainien. Pour lui, ce type de lecture confirme qu’il se situe en dehors des étiquettes.

𝗥𝗲𝗳𝘂𝘀 𝗱𝗲𝘀 𝗺é𝗱𝗶𝗮𝘀 𝗿𝘂𝘀𝘀𝗲𝘀: 𝗽𝗿é𝘀𝗲𝗿𝘃𝗲𝗿 𝗹𝗮 𝗰𝗿é𝗱𝗶𝗯𝗶𝗹𝗶𝘁é 𝗲𝘁 é𝘃𝗶𝘁𝗲𝗿 𝗹’𝗶𝗻𝘀𝘁𝗿𝘂𝗺𝗲𝗻𝘁𝗮𝗹𝗶𝘀𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻
Vient ensuite un élément clé de son argumentaire: malgré la légalité possible d’interventions médiatiques, il affirme avoir délibérément évité d’apparaître dans des chaînes ou programmes russes pour préserver la crédibilité de son message et empêcher toute instrumentalisation.
Il dit avoir été sollicité à plusieurs reprises par des médias russes officiels ou réputés proches de l’État (il cite TASS, Novosti, RT, entre autres) et avoir systématiquement refusé les invitations. Sa motivation: ne pas devenir un « moteur de parole » pour une propagande pro-russe, et éviter que ses analyses soient utilisées comme caution extérieure au service d’un récit.
Il ajoute qu’il lui est arrivé d’être présent sur RT « sans son savoir », via la reprise d’éléments déjà publiés ailleurs, tout en répétant qu’il n’a jamais cherché à entretenir de liens avec la Russie. Il soutient que, s’il fallait examiner ses e-mails, on verrait l’absence de relation institutionnelle ou personnelle avec ce pays, contrairement à d’autres personnes qui, dit-il, disposent de liens familiaux, de doubles nationalités, ou de collaborations médiatiques assumées.

𝗟𝗲 𝗯𝗮𝘀𝗰𝘂𝗹𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁: 𝗹’𝗮𝗰𝗰𝘂𝘀𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱𝗲 𝗽𝗿𝗼𝗽𝗮𝗴𝗮𝗻𝗱𝗲 𝗲𝘁 𝗱𝗲 𝗰𝗼𝗺𝗽𝗹𝗼𝘁𝗶𝘀𝗺𝗲
Le ton change alors nettement lorsque l’animateur lit — ou paraphrase — une formulation d’accusation : Jacques Baud serait présenté comme un relais de propagande pro-russe, distribuant des théories complotistes, notamment en suggérant que l’Ukraine aurait « invité sa propre invasion » afin d’entraîner l’OTAN, et participant à des activités d’information, de manipulation et d’influence susceptibles de menacer la stabilité ou la sécurité de l’Ukraine.
Confronté à ces accusations, Jacques Baud réagit frontalement : il qualifie ces affirmations de fausses, fondées sur des suppositions, et sans lien avec ce qu’il a réellement dit ou fait. Il insiste à nouveau sur l’absence de relations avec des médias russes ou des agences gouvernementales russes, et répète qu’il ne travaille pour personne.
Il emploie un mot fort : pour lui, on est dans une formulation relevant de la diffamation — non seulement parce que l’intention lui est attribuée à tort, mais aussi parce que les faits ne correspondraient pas à la réalité de son parcours et de ses pratiques.

«𝗤𝘂𝗲𝗹 𝘀𝗲𝗿𝗮𝗶𝘁 𝗺𝗼𝗻 𝗮𝘃𝗮𝗻𝘁𝗮𝗴𝗲?»: 𝗿𝗲𝗷𝗲𝘁 𝗱’𝘂𝗻 𝗺𝗼𝗯𝗶𝗹𝗲 𝗽𝗼𝗹𝗶𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲 𝗼𝘂 𝗳𝗶𝗻𝗮𝗻𝗰𝗶𝗲𝗿
Jacques Baud poursuit sur le terrain du mobile. Si l’on prétend qu’il aurait contribué à « implémenter une politique » au profit de la Russie, demande-t-il, comment cela serait-il possible sans relation avec ce pays ? Quel en serait l’intérêt ? Il affirme ne pas avoir reçu d’argent, ne pas avoir d’avantage personnel, et souligne même que, contrairement à d’autres, il n’a pas de famille en Russie, ni double citoyenneté, ni intérêt direct.
Il répète que son objectif est de dire le conflit de la façon la plus claire et objective possible, sans se faire l’agent de qui que ce soit.

𝗟’𝗲𝘅𝗲𝗺𝗽𝗹𝗲 𝗔𝗿𝗲𝘀𝘁𝗼𝘃𝗶𝘁𝗰𝗵: «𝗷𝗲 𝗻’𝗮𝗶 𝗽𝗮𝘀 𝗱𝗶𝘁, 𝗷’𝗮𝗶 𝗰𝗶𝘁é»
Face à l’accusation spécifique selon laquelle il aurait soutenu l’idée que l’Ukraine aurait provoqué ou recherché son propre envahissement pour entraîner l’OTAN, Jacques Baud répond par une distinction qu’il juge fondamentale : il n’a pas affirmé une théorie personnelle, il a cité une source ukrainienne.
Il dit avoir cité Oleksiy Arestovitch, présenté comme un conseiller majeur de Volodymyr Zelensky jusqu’en 2023 et comme un proche personnel, ayant joué un rôle dans la campagne présidentielle de 2019. Jacques Baud situe précisément la référence : un entretien daté du 18 mars 2019, publié par un média ukrainien nommé « Apostrov » (il propose même d’en fournir le lien). Il insiste : ses livres contiennent les références, et beaucoup proviennent de sources ukrainiennes.
Dans son récit, l’élément est donc de méthode : il refuse qu’on transforme une citation documentée en théorie de complot qu’il aurait inventée.

𝗟𝗲𝘀 𝘁𝗲𝗻𝘁𝗮𝘁𝗶𝘃𝗲𝘀 𝗱𝗲 𝗽𝗮𝗶𝘅 𝗱𝗲 𝗺𝗮𝗿𝘀 2022: é𝗹é𝗺𝗲𝗻𝘁𝘀 «𝗽𝗲𝘂 𝗰𝗼𝗻𝗻𝘂𝘀» 𝗲𝗻 𝗘𝘂𝗿𝗼𝗽𝗲
Jacques Baud enchaîne en affirmant qu’il a, au contraire, mis en avant des éléments montrant une recherche de paix très précoce. Il cite notamment un fait qu’il dit avoir appris par la presse suisse : dès le 25 février 2022, soit un jour après le début de l’opération militaire russe en Ukraine, Zelensky aurait demandé au président de la Confédération Ignazio Cassis d’organiser une conférence de paix. Il affirme que cet appel n’aurait été mentionné que par la presse suisse, et « aucune fois en Europe », ce qui illustrerait, selon lui, la circulation inégale des informations. Il en tire une conclusion: Zelensky aurait été prêt à engager des démarches rapidement, mais cette dynamique aurait été « interdite » ou bloquée par l’Europe — formulation qui annonce un thème plus vaste : l’existence, au sein des capitales occidentales, d’intérêts favorables à la prolongation du conflit plutôt qu’à son arrêt.
Il évoque ensuite les discussions de mars 2022, qu’il présente comme d’initiative ukrainienne. Il ajoute qu’ultérieurement, le New York Times aurait publié des documents permettant de voir que des propositions ukrainiennes ne mentionnaient pas, par exemple, l’entrée dans l’OTAN. Puis il rapporte — en s’appuyant, dit-il, sur la presse suisse — une idée devenue centrale dans certains récits : après la visite de Boris Johnson, des perspectives d’accord auraient été enterrées.
Selon lui, cette séquence nourrit l’hypothèse que certains pays occidentaux, en particulier en Europe, auraient eu intérêt à laisser la guerre s’escalader, car l’Ukraine aurait alors reçu davantage de soutien OTAN. Il précise que ce ne sont pas, selon lui, des « voix pro-russes »: il cite l’exemple d’un entretien qu’il dit avoir mené avec Klaus von Dohnanyi, qu’il présente implicitement comme une voix européenne non alignée sur Moscou.

𝗥é𝗮𝗳𝗳𝗶𝗿𝗺𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗳𝗶𝗻𝗮𝗹𝗲 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗽𝗼𝘀𝘁𝘂𝗿𝗲: 𝗻𝗲𝘂𝘁𝗿𝗮𝗹𝗶𝘁é 𝘀𝘂𝗶𝘀𝘀𝗲 𝗲𝘁 𝗾𝘂𝗲𝘀𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱𝗲 𝗹𝗮 «𝗯𝗼𝗻𝗻𝗲 𝗽𝗼𝘀𝗶𝘁𝗶𝗼𝗻»
Jacques Baud ne se dit ni pro-russe ni pro-ukrainien. Il se revendique Suisse neutre, et ramène la discussion à la question qu’il estime centrale — et qui semble désormais au cœur de l’affaire de sanction évoquée: quelle est, dans un conflit de cette nature, la position juste pour un analyste et pour un pays comme la Suisse, si l’on veut comprendre avant de juger, et résoudre avant de désigner un coupable ?

𝗡𝗲𝘂𝘁𝗿𝗮𝗹𝗶𝘁é 𝗱𝗲𝘃𝗲𝗻𝘂𝗲 𝘀𝘂𝘀𝗽𝗲𝗰𝘁𝗲: «𝘀𝗶 𝗹’𝗼𝗻 𝗻’𝗮 𝗽𝗮𝘀 𝗱’𝗼𝗽𝗶𝗻𝗶𝗼𝗻, 𝗼𝗻 𝗱𝗲𝘃𝗶𝗲𝗻𝘁 𝘂𝗻 𝘁𝗿𝗮î𝘁𝗿𝗲»
Dans cette séquence, l’animateur reformule brutalement ce qui apparaît désormais comme le fil rouge de l’affaire : l’idée qu’il ne serait plus permis, dans l’Europe contemporaine, d’adopter une position neutre sur la guerre en Ukraine. Selon lui, l’espace public exigerait une opinion déterminée, et l’absence d’alignement conduirait mécaniquement à une accusation de trahison — « on est automatiquement de l’autre côté ». Il y voit une dérive antidémocratique et anti-intellectuelle : sans distance, dit-il en substance, le conflit devient incompréhensible, donc insoluble.
L’animateur ajoute une précision importante sur la nature des attaques subies : Jacques Baud n’est pas accusé d’actes matériels (espionnage, opérations clandestines, participation à des actions armées, etc.), mais d’avoir tenu des propos, d’avoir interprété des faits, et d’avoir produit une analyse. Autrement dit, l’élément incriminant serait d’abord l’opinion — ou, plus exactement, l’approche analytique jugée inadmissible.

«𝗨𝗻 𝗽𝗿𝗼𝗰è𝘀 𝗰𝗼𝘂𝘃𝗲𝗿𝘁»: 𝗹𝗮 𝘀𝗮𝗻𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲 𝗮𝘁𝘁𝗲𝗶𝗻𝘁𝗲 à 𝘂𝗻 𝗱𝗿𝗼𝗶𝘁 𝗳𝗼𝗻𝗱𝗮𝗺𝗲𝗻𝘁𝗮𝗹
Jacques Baud enchaîne sur un point qu’il martèle : le dossier qui le vise relèverait moins d’une procédure contradictoire que d’un « procès couvert » contre sa liberté d’expression. Il affirme n’avoir commis aucun crime, n’avoir violé aucune règle pénale, et souligne un principe qui, selon lui, devrait s’imposer en droit européen: même exprimer une opinion offensante, ou soutenir une thèse contestable, ne constituerait pas un crime justifiant une punition politique.
Son interlocuteur pousse la logique jusqu’au bout : même si les accusations étaient exactes — ce que l’invité conteste — il n’y aurait, selon lui, aucune base légitime pour punir quelqu’un sur ce fondement. Le débat bascule alors du terrain géopolitique vers celui des libertés publiques: comment une sanction peut-elle frapper un individu en dehors d’une condamnation judiciaire ?

𝗖𝗼𝗺𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗹𝗮 𝘀𝗮𝗻𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗮 é𝘁é 𝗱é𝗰𝗼𝘂𝘃𝗲𝗿𝘁𝗲 : 𝗹𝗮 𝗽𝗿𝗲𝘀𝘀𝗲 𝗮𝘃𝗮𝗻𝘁 𝘁𝗼𝘂𝘁𝗲 𝗻𝗼𝘁𝗶𝗳𝗶𝗰𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗼𝗳𝗳𝗶𝗰𝗶𝗲𝗹𝗹𝗲
Interrogé sur la manière dont il a appris son inscription sur une liste de sanctions, Jacques Baud décrit une scène qui, dans son récit, tient de l’absurde administratif: il découvre l’information dans un article de Radio Free Europe. Il y voit son nom associé à celui d’un autre individu, décrit comme ancien officier français, « franco-russe », également présent sur la liste.
Point crucial : au 18 décembre (date de l’émission), il affirme n’avoir reçu aucune notification officielle, ni de l’Union européenne, ni de la Suisse. Aucune lettre, aucun document formel, aucune transmission institutionnelle.
Il mentionne toutefois un épisode: le lundi matin suivant la publication, il reçoit un message de la représentation suisse à Bruxelles l’informant qu’il « allait probablement » figurer sur une liste de sanctions. Il demande alors sur quels éléments repose cette décision, si une procédure est en cours, si l’affaire est sérieuse. On lui répond qu’on le rappellera. Selon lui, aucun rappel n’a suivi, aucune clarification n’est venue.

𝗦𝗶𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲 𝘀𝘂𝗶𝘀𝘀𝗲 𝗮𝘀𝘀𝗼𝘂𝗿𝗱𝗶𝘀𝘀𝗮𝗻𝘁: 𝗮𝗯𝘀𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗱’𝗶𝗻𝗳𝗼𝗿𝗺𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻, 𝗱𝗲 𝘀𝗼𝘂𝘁𝗶𝗲𝗻, 𝗱𝗲 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗮𝗰𝘁
La séquence devient plus personnelle. Jacques Baud précise connaître les deux personnes de la représentation suisse à Bruxelles et avoir travaillé avec elles dans le ministère. À ses yeux, une simple discussion informelle — « offrir un café » — aurait été possible. Or il n’aurait reçu ni avertissement, ni soutien, ni même un échange minimal.
Il résume en une formule: pas de communication, pas d’information, pas de soutien — rien. Son interlocuteur réagit en qualifiant la situation d’« incroyable », rappelant la durée d’engagement de l’intéressé au service de l’État, sur de multiples terrains (Afghanistan, Tchad, Somalie, Soudan du Sud, Darfour). Jacques Baud répond qu’il n’attendait pas de gratitude: il a fait ce qu’il considérait comme son obligation. Mais il pointe un contraste qu’il juge accablant.

𝗟𝗲 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗿𝗮𝘀𝘁𝗲 𝗺é𝗱𝗶𝗮𝘁𝗶𝗰𝗼-𝗽𝗼𝗹𝗶𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲: 𝗼𝗻 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲𝗻𝘁𝗲 𝘁𝗼𝘂𝘁, 𝘀𝗮𝘂𝗳 𝘂𝗻 𝗦𝘂𝗶𝘀𝘀𝗲 𝘀𝗮𝗻𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻𝗻é
Jacques Baud décrit un paysage politique où les parlementaires suisses commentent presque tous les événements internationaux : crises au Soudan, aux États-Unis, en Ukraine, en Russie, en Turquie, tensions kurdes, etc. Tweets, déclarations, prises de position : le débat public helvétique se déploie facilement sur les drames du monde.
Mais lorsqu’un citoyen suisse, officier de milice de longue durée et serviteur de l’État, est sanctionné pour avoir exercé — selon lui — un droit fondamental à la liberté d’expression, il n’entend rien. Il ajoute un élément majeur: dans les médias suisses, il n’y aurait “pas une seule ligne” sur son cas. Il s’excuse presque de le dire, mais conclut sèchement: « c’est un désastre ».
Roger Köppel, lui aussi, insiste sur le point de principe: même si les accusations étaient avérées — hypothèse qu’il rejette — le simple fait d’inscrire quelqu’un sur une telle liste resterait, selon lui, un scandale démocratique.

𝗟𝗲𝘀 𝘀𝗮𝗻𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗮𝘂 𝗾𝘂𝗼𝘁𝗶𝗱𝗶𝗲𝗻: 𝗶𝗺𝗺𝗼𝗯𝗶𝗹𝗶𝘁é, 𝗶𝘀𝗼𝗹𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁, 𝗮𝘀𝗽𝗵𝘆𝘅𝗶𝗲 𝗳𝗶𝗻𝗮𝗻𝗰𝗶è𝗿𝗲
Vient ensuite la partie la plus concrète, celle des effets immédiats. L’animateur rappelle que la liste comporte des profils vivant en Russie, pour qui les conséquences sont limitées. Il cite le cas de Fyodor Lukyanov, présenté comme un commentateur ayant critiqué Poutine et jugé l’entrée en Ukraine comme une erreur — et pourtant inscrit lui aussi. Mais Jacques Baud, lui, vit dans l’Union européenne, à Bruxelles: l’impact change de nature.

Jacques Baud précise qu’il a consulté un juge: en principe, une personne sanctionnée ne devrait pas pouvoir entrer dans l’UE. Pourtant, il y réside déjà. La jurisprudence applicable, dit-il, produit un effet paradoxal : il ne peut plus franchir de frontière à l’intérieur de l’UE. Même rentrer en Suisse deviendrait impossible.

Il détaille les implications pratiques:
– impossibilité de traverser une frontière intra-européenne; – impossibilité de prendre l’avion; – impossibilité, en pratique, de voyager même pour revenir dans son pays; – obligation de rester en Belgique sous peine d’arrestation lors d’un déplacement.

Enfin, Jacques Baud Puis il aborde la dimension matérielle: ses comptes seraient fermés, ses ressources gelées. Il emploie une image volontairement triviale pour exprimer l’asphyxie: il ne peut pas acheter un morceau de pain faute d’accès à ses moyens de paiement.

𝗨𝗻𝗲 𝗱é𝗰𝗶𝘀𝗶𝗼𝗻 𝗽𝗼𝗹𝗶𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲 𝗮𝘂𝘅 𝗰𝗼𝗻𝘀é𝗾𝘂𝗲𝗻𝗰𝗲𝘀 𝗽é𝗻𝗮𝗹𝗲𝘀
Jacques Baud insiste sur un point qu’il juge fondamental: la sanction n’est pas, selon lui, une décision judiciaire; c’est une décision politique. Mais s’opposer à cette sanction — la contourner, la violer, ou simplement agir comme si elle n’existait pas — peut basculer sur le terrain pénal… puis en prison… ce qui serait la seule solution pour continuer à se nourir (amusé)…

𝗦𝘁𝗿𝗮𝘁é𝗴𝗶𝗲 𝗱𝗲 𝘀𝘂𝗿𝘃𝗶𝗲: 𝗮𝘃𝗼𝗰𝗮𝘁𝘀 𝗲𝘁 «𝗲𝘅𝗰𝗲𝗽𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗵𝘂𝗺𝗮𝗻𝗶𝘁𝗮𝗶𝗿𝗲𝘀»
Face à cette impasse, Jacques Baud indique discuter avec des avocats. Une piste existe: demander des exceptions humanitaires, c’est-à-dire des aménagements permettant de survivre (se nourrir, se loger, assurer les besoins élémentaires). Mais il souligne que ces démarches prennent du temps — temps pendant lequel la situation reste bloquée.

Il conclut cette partie sur une comparaison glaçante: il affirme n’avoir commis aucun crime, mais se retrouver dans une condition qu’il juge « pire que la prison », puisqu’en prison, au moins, on est nourri. Ici, dit-il, on ne lui interdit pas explicitement de se nourrir mais on lui interdit en pratique d’acheter — jusqu’à évoquer l’impossibilité d’acheter une simple bouteille d’eau…

𝗗𝗲𝘀 𝘀𝗮𝗻𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗽𝗲𝗻𝘀é𝗲𝘀 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗱𝗲𝘀 𝗰𝗿𝗶𝗺𝗶𝗻𝗲𝗹𝘀: 𝘀𝗲𝗻𝘁𝗶𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗱’𝘂𝗻𝗲 𝗺𝗲𝘀𝘂𝗿𝗲 «𝗵𝗼𝗿𝘀 𝗰𝗮𝗱𝗿𝗲»
Jacques Baud insiste sur un point de philosophie politique: le régime de sanctions appliqué à son cas aurait été conçu, à l’origine, pour des terroristes, des criminels, ou des individus dangereux dont l’objectif est précisément de couper les ressources et d’empêcher l’accès à l’espace européen. Il décrit un système adapté à des personnes vivant hors de l’UE, que l’on peut empêcher d’y entrer et dont on peut geler les moyens d’action. Dans son cas, dit-il, la logique devient paradoxale : il réside déjà dans l’Union européenne, ce qui transforme l’outil en mécanisme d’enfermement et d’asphyxie, sans procédure pénale préalable.

𝗛𝘆𝗽𝗼𝘁𝗵è𝘀𝗲𝘀 𝗲𝘁 𝗽𝗿𝘂𝗱𝗲𝗻𝗰𝗲: «𝗹𝗮 𝗿é𝗽𝗼𝗻𝘀𝗲 𝗵𝗼𝗻𝗻ê𝘁𝗲, 𝗰’𝗲𝘀𝘁 𝗾𝘂𝗲 𝗷𝗲 𝗻𝗲 𝘀𝗮𝗶𝘀 𝗽𝗮𝘀»
Interrogé sur l’origine de la proposition de sanctions — qui les a ciblées, qui les a portées, qui « est derrière » — Jacques Baud répond avec une prudence répétée : il ne sait pas… Il concède néanmoins une hypothèse: au regard de certaines déclarations attribuées à un ministre français (évoquant un affrontement contre la « propagande russe »), il pourrait imaginer une impulsion venue de France.

𝗔𝗽𝗽𝗲𝗹 à 𝗹𝗮 𝗦𝘂𝗶𝘀𝘀𝗲: 𝗾𝘂𝗲 𝗽𝗲𝘂𝘃𝗲𝗻𝘁 𝗳𝗮𝗶𝗿𝗲 𝗮𝘂𝘁𝗼𝗿𝗶𝘁é𝘀, 𝗽𝗮𝗿𝗹𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁𝗮𝗶𝗿𝗲𝘀 𝗲𝘁 𝗺é𝗱𝗶𝗮𝘀 ?
Avant de conclure l’entretien, l’interlocuteur pose une dernière question, très politique : Jacques Baud, habitué à être « entre les parties » comme médiateur, se retrouve désormais au cœur d’un affrontement — celui d’une Union européenne qui, selon l’animateur, n’accepterait pas qu’un Suisse neutre examine les deux faces du conflit. Que peut faire la Suisse ? Que peuvent faire les parlementaires ? Les médias ? Comment aider concrètement ?
La réponse de Jacques Baud se structure autour d’un diagnostic: 𝙡𝙖 𝙨𝙖𝙣𝙘𝙩𝙞𝙤𝙣 𝙣’𝙚𝙨𝙩 𝙥𝙖𝙨 𝙪𝙣𝙚 𝙙é𝙘𝙞𝙨𝙞𝙤𝙣 𝙟𝙪𝙧𝙞𝙙𝙞𝙦𝙪𝙚.. Elle ne résulte pas d’un jugement, ni d’une condamnation pour violation d’un droit. Il la décrit comme une décision purement politique, volontaire. Par conséquent, dit-il, la solution doit venir du champ politique: ce n’est pas d’abord une affaire de tribunaux, mais de volonté et de décision publiques. Mais il se trouve que du côté de Berne le silence est assourdissant !

𝗖𝗼𝗻𝗳𝗶𝗮𝗻𝗰𝗲 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗹𝗲𝘀 𝗮𝘂𝘁𝗼𝗿𝗶𝘁é𝘀 𝘀𝘂𝗶𝘀𝘀𝗲𝘀 𝗺𝗮𝗹𝗴𝗿é 𝘁𝗼𝘂𝘁
Malgré la dureté de la situation, Jacques Baud affirme conserver une confiance dans les autorités suisses et dans les citoyens. Il dit percevoir une prise de conscience: mobilisation, pétitions, initiatives de diffusion (il cite notamment des sous-titres), signes d’un effort collectif pour faire comprendre le dossier. Il désigne implicitement l’État suisse comme acteur central au niveau politique — « notre gouvernement » — tout en laissant entendre qu’il attend une réaction ou une action qui, jusque-là, lui a manqué.

𝘛𝘳𝘢𝘯𝘴𝘤𝘳𝘪𝘱𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘥𝘦 𝘭𝘢 𝘷𝘪𝘥é𝘰 𝘳é𝘢𝘭𝘪𝘴é𝘦 à 𝘭’𝘢𝘪𝘥𝘦 𝘥𝘦 𝘛𝘶𝘳𝘣𝘰𝘴𝘤𝘳𝘪𝘣𝘦 𝘈𝘐 - 𝘙𝘦𝘸𝘳𝘪𝘵𝘪𝘯𝘨: 𝙇𝙤𝙪𝙞𝙨 𝙂𝙄𝙍𝙊𝙐𝘿